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Vint le printemps: Caroline, au grenier des Moulins-Héricourt, ne put contenir dans son regard la richesse entière de la famille. Et cependant on apercevait, de là, bien du pays. La Scarpe charriait les bateaux de charbon, à la file, par le travers des campagnes vertes, des prairies chargées de bétail, des routes longeant les manufactures. Un cartable au bras, le petit Dieudonné allait à l'école, seul, très sage; il suçait de la réglisse et la défendait placidement de ses gros poings contre les moutards acharnés: «Bouffi, bouffi, oh! le bouffi!» psalmodiaient-ils.
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Sur la jetée de Dunkerque, par un grand vent qui ébouriffa les boucles de Virginie, on dit adieu à Joseph le marin, en partance pour les rives javanaises, afin d'enrichir les comptoirs de Malvina.
«Tu ne veux plus faire le marin à cheval, Bernard, à cette heure? hein; tu te rappelles quand tu voulais faire le marin à cheval, sur le brick. Tu es un bon diable tout de même! À se revoir, mon frère!» Vers le crépuscule de cinq heures, le trois-mâts ne fut plus qu'incertain, après les pentes grises de la mer, contre l'horizon du ciel orangé.
La rafale tordait les ifs du petit cimetière. La tombe disparaissait presque sous le sable. Pesait-il l'or au trébuchet, dans l'autre monde, le vieux père aveugle, en habit bleu, qu'ils avaient tué de douleur, aussi bien que le seigneur infirme et savant défenestré par les dragons dans le château morave?
—Je t'adore, moi! consolait Virginie, chuchotant à l'oreille du colonel embrassé.
—La force tue!
—La force crée, Bernard. Tâte celui qui remue dans mon ventre.
Ils s'étreignirent davantage.