—Père, voulez-vous rentrer? dit Bernard.
Une angoisse infinie gonflait sa gorge, noyait ses yeux. L'ancêtre évidemment croyait à ses craintes, imaginant le complot de la famille pour se débarrasser, d'une vieillesse infirme et encombrante…
—Ah! le calvaire, gémit-il.
Cependant il s'apaisa; comme si la voix de Bernard et les pleurs de ses filles le pouvaient convaincre. Joseph le marin, avec ses oreilles percées pour de légers anneaux d'or, le prit au bras.
—Allons, le père…, vous n'y pensez point… Venez dire adieu à Caroline. Quoi, nous vous aimons tous. C'est bien à cause de vous que le frère et moi nous essuyons les grains et que l'adjudant fait campagne. Est-ce que Caroline ne tenait pas votre maison comme il faut, est-ce que le beau-frère Praxi ne vous a pas gagné les fournitures militaires, est-ce qu'Aurélie ne joue pas de la harpe à ravir, dans l'espoir de vous contenter, et moi j'éduque des perroquets qui vous amusent.
Il reformait le tricorne du vieux avec sa grosse main, dont le goudron avait noirci les rides…
—Vous avez voulu qu'il y eût un soldat dans la famille? Eh bien! me voici soldat, dit Bernard. Un diplomate? Aurélie a épousé un diplomate. Un fonctionnaire? Caroline épouse un fonctionnaire.
—Des marins? Nous parons à virer, le frère et moi, reprit Joseph. Nous avons laissé notre Émile dans le golfe de Biscaye… Vous comprenez bien que c'est des imaginations, tout cela…, et des songeries pas bonnes… Rentrez…
Le vieil Héricourt radota… Ses rides et sa couperose pâlissaient. Ils le laissèrent aller seul par le jardin jusque la maison. Planté de travers, troué, le tricorne tenait mal sur la tête branlante, qui s'inclina vers le sol. Les hautes épaules remontèrent, et le vieillard marchait pensif, en tâtonnant du bout de la canne. Il discourut. Son bras menaçait. Son geste parfois renonçait. Le chef branlant affirmait et niait tour à tour.
—Malheu.eux vieillà, zézayait Aurélie…, déjà tu touches au tombeau, et tu ignô.es les douceu.s d'une tend.e confiance… Pou.tant le labou.eu. ve.tueux, à la fin du jou., s'assied devant sa chaumiè.e, l'âme apaisée; ses enfants l'entou.ent, il leu. sou.it. Tu ne connais point, pè.e info.tuné cette cha.mante émotion… Au sein de la .ichesse… un ho.ible soupzon empoizonne ton cœu… Qui ne se.ait zenzible à tant d'ala.mes… ma sœu… Ô chè. époux, aidez-moâ à rend.e à mon Pè.e la paix du cœu…