L'aveu de ces détails intimes promut Cyrille au rôle officiel de fiancé.

Dès lors il se reprocha sa trop hâtive détermination. Il eut peur de Lucienne, si pauvre, sans terres; il eut peur de son charme; il craignit qu'elle ne l'abandonnât, un jour comme l'autre. Il chercha le moyen de rompre.

Puis le soir, chez lui, quand le goût amer de l'alcool lui remémorait les extases de ses amours débutantes, la vision de la jeune fille si différente de l'autre, exquise, lui promettait des délices encore neuves, pudiques et mystérieuses, dont le rêve le pressait.

Il aurait La Verdière; et la modicité de ses ressources demeurerait inconnue des paysans. Car, autrement, le domaine pouvait échoir à un autre acquéreur et les gens ne failliraient pas alors à le dire ruiné.

Comme les oncles, il possédera son château. Et ses vœux de luxe sont réalisés d'avance par cet intérieur charmant et diffus. Plus de soirs mornes dans la vaste cuisine de ferme.

Des heures de béatitude parmi les fleurs et la lueur mordorée des lampes, aux sons agiles du piano, à la vue de Lucienne en jupes claires. Le vice en mourra.

Mais une jalousie anticipée le harcèle. Il redoute de lui déplaire, d'être quitté. Bien que sûr d'abandonner son habitude, il appréhende une minute de faiblesse, où sa résolution sombrerait, et qui, pour toujours, la dégoûterait d'un ivrogne. Un autre alors la lui enlèvera. Et il s'attarde à méditer des vengeances extraordinaires, éternelles.

Une scène terrible avec le marquis de Bressel détermina Cyrille. Il déclara qu'il ne voulait consentir à sacrifier sa vie pour accroître la fortune de ses cousins et devenir vieillard à espérances; que le célibat ne lui valait rien; qu'il aurait Lucienne des Flochelles, une jeune fille noble, instruite, d'une élégance extrême et de goûts modestes; qu'il n'était plus un enfant; que sa famille pouvait bien ne pas assister au mariage, que cela lui paraissait indifférent.

Ils s'épousèrent à minuit selon le rite de la famille dans la chapelle du château de Fourmies, au milieu de buissons de cierges.

En Ecosse, au bord d'un lac uni, et ceint de grandes roches violettes qui s'y miraient, ils vécurent un mois en des extases, en des frémissements.