—Il peut vivre, le pauvre! aussi longtemps que Dieu voudra; ce n'est pas nous qui le presserons....

Seulement, à Endoume, sur le mur de leur cabanon dont la porte, unique ouverture, regarde la mer et le soleil entre deux roches calcinées, ils avaient fait peindre par un cousin décorateur du Grand-Théâtre une sorte de palais féerique mêlant en un invraisemblable fouillis la vision de l'Alhambra et de Venise, avec des minarets, des coupoles, des jardins suspendus, des embarcadères à balustres, un pont des Soupirs, un pavillon sur l'eau, et qui était censée représenter le cabanon tel qu'on le reconstruirait, à la même place, après l'héritage.

Et ces braves gens vivaient heureux, se croyant riches, l'étant presque; tant le réel et la chimère se confondent aisément dans certains cerveaux ingénus.

Mais voilà qu'au moment où personne ne s'y attendait, une lettre arrive de New-York, portant le timbre de l'ambassade.

Patron Tréfume la promena tout le jour sur lui, pour la montrer aux amis, mais sans oser rompre le cachet. Le soir seulement de ses doigts qui tremblaient, il se décida à l'ouvrir solennellement, en famille.

Cette lettre que vous auriez pu croire, d'après le poids, bourrée de billets de banque, contenait seulement, papier laconique, l'acte de décès de Pierre Sambuq.

—Alors il est mort?... dit la femme.

—Eh! oui qu'il est mort, pecaïre! puisque l'ambassadeur l'écrit. Il se fit un silence; et, quoiqu'on n'eût guère jamais connu cet oncle Sambuq, en se forçant un peu, on arriva à le pleurer.

La femme reprit:

—Quoique ça, ton ambassadeur, il ne parle pas de l'héritage.