L'escadron s'ébranla, et, sur le chemin en pente qui descendait de Karkow vers la ferme où était l'ennemi, la charge recommença.
Les Turcs, qui avaient vu tomber sous leurs coups la plupart des soldats russes, se croyaient tranquilles maintenant, et ils furent étrangement surpris lorsqu'ils entendirent à nouveau le bruit de cette chevauchée qui approchait.
Au cri d'alarme des sentinelles, ils se déployèrent en bataille et firent feu sur toute la ligne.
Quarante Cosaques roulèrent à terre: c'étaient ceux des premiers rangs, ceux qui vivaient!
Pendant ce temps, les autres continuaient de charger, invulnérables!
Le capitaine Serge brandissait son sabre au-dessus des têtes, et les chevaux, emballés maintenant, galopaient avec une effroyable vitesse.
Les soldats turcs ne concevaient point ce qui se passait. D'où pouvait venir cet escadron? Quels étaient ces démons qui recevaient les balles sans broncher, courbés très bas sur leurs selles, sans une parole, sans un cri?
En cette nuit tombante, cette charge était comme une course des légendes héroïques; on ne distinguait pas le nombre des chevaux, et l'on pouvait croire que c'était toute la cavalerie russe, toute une armée fantôme qui arrivait!
Les premiers rangs d'infanterie fléchirent, les autres ne tardèrent pas à reculer, et, comprenant tout à coup, se rendant compte, les Turcs abandonnèrent leurs armes en s'enfuyant.
Ce fut alors une épouvantable débâcle.