—Mais alors, demanda le prince Rouknine, quels soldats sont donc là, debout sur leurs chevaux?

—Nos braves Cosaques, héroïques jusque dans la mort!

Le prince Rouknine s'approcha et il vit, penchées sur le cou des chevaux, éclairées par la lumière blafarde de la lune, les têtes mortes qui se balançaient aux mouvements des montures.

LE PETIT HOMME ROUGE.
PAR FRANÇOIS DE NION.

C'EST le soir même des terribles journées d'octobre que la Reine et moi, son humble servante, nous vîmes dans un des couloirs du vieux Louvre cette affreuse figure dont aujourd'hui même encore—à l'heure lointaine où j'écris ces lignes,—je ne puis oublier les traits, ni, malgré tout, méconnaître la réalité.

Je raconterai d'autre part notre voyage de Versailles à Paris dans un torrent de têtes hideuses qui semblaient porter nos carrosses comme l'eau d'un fleuve une barque périlleuse. Têtes sanglantes et têtes sinistres, je vous vois danser autour de nous, les unes au bout d'une pique avec vos prunelles rigides et vos muscles tordus; les autres au niveau de nos visages, les yeux hagards et les bouches hurlant des injures.

L'horrible jour, froid, pluvieux, sombre!

Le soir même il fallut s'occuper de se loger dans les appartements des Tuileries qui n'avaient pas été chauffés depuis l'enfance de Louis XV. Tout y était dans un désordre sinistre. Le pauvre Dauphin, habitué à son palais de Versailles, se pressait contre sa mère, effrayé par ces murs délabrés.

—Tout ici est bien laid, maman, murmurait-il.

Et Marie-Antoinette lui répondait: