Mais d'un geste doux et souverain elle m'indiquait une porte.
—Je ne sais ce qu'il y a de ce côté-ci des appartements. Dans mes rares séjours à Paris je n'ai jamais été si loin.
Je jetai un coup d'œil par un des carreaux de vitre: nous dominions la Seine et le vent faisait trembler, en les balançant, les grands arbres de la grève, mêlant leurs branches noires dans les rayons argentés de l'astre des nuits.
—C'est, me dit la Reine, que nous sommes à la porte qui fait communiquer le château avec la galerie du Louvre.
* * *
Un frisson involontaire me saisit: il me semblait que derrière cette frêle planche aux moulures dorées et peintes par Coypel, tout le vieux mystère du Louvre tragique s'agitait. Je n'étais pas très savante en histoire de France—juste ce qu'on en apprend en même temps que sa généalogie,—mais je me rappelais des récits terribles et des légendes sinistres. Ce palais, disait-on, était parcouru par des spectres étranges. Cependant la Reine me commandait d'ouvrir et d'une main tremblante je tournai le bouton de la serrure.
Un coup de vent me frappa au visage et faillit éteindre mes bougies; je les protégeai de la main en les élevant pour dissiper l'obscurité; leur faible rayonnement faisait remuer des ombres que je jugeais effrayantes; mais la Reine éleva la voix:
—On aurait dû placer ici un factionnaire dont on fût sûr. Dieu sait jusqu'où ce corridor peut conduire!
Car nous distinguions maintenant une longue galerie qui semblait s'étendre à l'infini.
—Allons, dit Marie-Antoinette; il faut voir.