Et, toujours modeste, il ajouta:
—Est-ce que je vous ai jamais dit le contraire?
PAROLE D'HONNEUR.
PAR JEAN DU RÉBRAC.
CE n'était encore qu'un enfant de seize ans, et, cependant, on allait le fusiller.
La compagnie de fédérés à laquelle il appartenait venait d'être mise en déroute par l'armée de Versailles. Pris les armes à la main, en même temps qu'une dizaine de ses camarades, il avait été amené avec eux au poste de la mairie du XIe arrondissement.
Frappé de sa jeunesse et de l'étonnante sérénité de sa physionomie, le commandant avait donné l'ordre de surseoir à son égard, et de le garder à vue pendant qu'on allait procéder, au pied de la barricade voisine, à l'exécution de ses compagnons.
Apprenti typographe, au moment où le démon de la guerre vint s'abattre sur la France, il vivait tranquille et heureux entre son père et sa mère, de paisibles travailleurs qui ne s'occupaient pas même de la politique.
Dès le début, les Prussiens avaient tué son père. Les privations du siège, les longues stations à la porte des bouchers et des boulangers, les pieds dans la neige et dans la glace, avaient couché sa mère sur le triste lit de misère, où elle se mourait lentement.
Un jour qu'il était allé, comme tant d'autres, au risque de se faire tuer, cueillir des pommes de terre dans la plaine Saint-Denis, en rampant sur la terre profondément durcie par la gelée, une balle prussienne était venue lui fracasser une épaule.
Plus tard, un peu pour manger, un peu par crainte, il avait cru devoir s'enrôler dans l'armée de la Commune. Comme beaucoup de ses camarades, il n'avait marché qu'à regret. Il n'avait pas du tout le cœur à cette lutte fratricide. Et, maintenant, sur le point de payer de sa vie un concours de fatalités inexorables, il se félicitait au moins de n'avoir pas une seule mort à se reprocher. Il en était bien sûr, et pour cause.