Elles voudraient toutes déjà baiser l’orteil et user de leurs genoux les degrés de la Scala santa.
— Est-il vrai, qu’on parle dans les églises, que les curés vont au café et qu’ils donnent l’absolution du bout d’une gaule ?
Sur ces jolies lèvres, dans ce gazouillis, la religion prend un air aimable. Hélas ! que ne suis-je croyant !…
Puis, c’est la mantille.
— Quelle mantille ?
— Comment, ma chère, vous ignorez ! Mais on ne peut pas se présenter devant Sa Sainteté sans mantille… J’en ai une toute prête dans ma malle, très coquette, en filet de soie… D’ailleurs, il est facile de s’en procurer à Rome… n’est-ce pas, monsieur l’abbé ?
Et voilà toutes les têtes en l’air. Cette nouvelle qu’il faut une mantille se répand de compartiment en compartiment, de wagon en wagon, jusqu’au bout du train. Nous allons traverser des villes, côtoyer des fragments de golfe paraissant puis disparaissant par les intervalles bleus de quatre-vingt-sept tunnels, suivre l’Apennin, dont les découpures font de si fins arrière-plans aux rudes plaines d’Étrurie ; mais nous ne voyons rien de tout cela : désormais et jusqu’à Rome, dans les buffets des gares italiennes, épluchant des oranges et buvant le chianti ou l’orvieto dans d’élégants petits flacons revêtus de paille et de jonc tressé, il ne s’agira que de mantilles.
Le soir même de notre arrivée, à une table d’un café du Corso, où pendant la semaine sainte les gens pieux et altérés peuvent tout à la fois écouter le Stabat de Rossini et prendre des glaces, je revis l’abbé aux doublures violettes en compagnie de ses dévotes.
Elles, songeant à leurs mantilles et méditant de jolis plis, essayaient des poses à l’espagnole ; lui, regardant sa main grasse et blanche, croyait y voir luire l’améthyste ; et je compris alors, on ne s’instruit bien qu’en voyageant, pourquoi tant d’abbés en bon point et tant de jolies femmes vont à Rome.