— Voici vos clefs, Rabasse ; force est restée à la loi !
Rabasse voulut parler, le brigadier dit : C’est bon ! et fila.
Un peu plus bas dans le vallon, chevauchant toujours en silence, les deux gendarmes passèrent devant la Daumasse, assise, immobile sur une pierre.
— Pauvre vieille… dit le gendarme Chabre.
— La loi est la loi ! répondit le brigadier ; puis il poussa plus vite son cheval, détournant la tête et regardant avec une grande attention un poirier sauvage qui se tordait sur le talus corrodé du ravin.
Chabre se tut. Chose invraisemblable, et que le gendarme me raconta longtemps plus tard, ayant sa retraite, un soir que nous buvions la clairette au café Ravoux, il avait vu, sous les sourcils de son supérieur, buissonneux et touffus comme des moustaches, il avait vu positivement une larme prête à couler.
L’ARRESTATION DU TRÉSOR.
I
— Vous ne reconnaissez plus Brame-Faim ? me disait le vieil Estève.
Le fait est que je n’aurais pas reconnu la rocheuse métairie des Estève, de stérilité légendaire, en voyant, à la place des maigres champs d’avoine et d’orge perdus dans de maigres taillis, s’aligner les allées de vigne, et, entre les allées, le blé verdir sous les amandiers.