—«Voilà bien la quatrième fois, me dit Saladine, que, depuis l'accident de ce matin, il vient demander de vos nouvelles.»

Tant de sollicitude me touche. Affaibli, léger de pensées, je me sens prêt à ouvrir mon cœur au représentant de l'autorité.

Cependant, sans insister, sans avoir l'air, le bon gendarme m'interroge. Il met, certes, des gants pour m'interroger, mais ce sont des gants d'ordonnance; et je n'ai pas de peine, malgré mon état, à déjouer sa diplomatie, tout ensemble grossière et ingénue.

Ce gendarme, désireux de se faire honneur, étant relativement lettré, d'un procès-verbal «rédigé sur place», voudrait savoir quand et comment, et par qui j'ai été blessé.

—«Mais, mon Dieu, lui dis-je, monsieur le gendarme, je vous crois assez perspicace pour l'avoir tout de suite deviné. J'ai été blessé ce matin par un, j'ignore lequel! des trois Piémontais employés à paver le passage d'âne, et que j'avais surpris en train de piller la maison. L'ont-ils pillée, au moins?

—Hélas! répondit Saladine.

—On ne les a plus vus?

—Et on ne les reverra jamais!

—Donc, leur absence les dénonce. Ils avaient, d'ailleurs, monsieur le gendarme, autant que la nuit me permettait de voir, de fortes bottes non cirées, et se parlaient en italien.»

L'air fâché, bonhomme et méfiant, le gendarme m'écoutait dire. Il ajouta: