—«Il s'agirait donc de traquer l'oursin?
—Précisément! Dans un quart d'heure, nous partons tous, le gros de l'équipage à pied, vous, pour ne pas vous fatiguer, sur Saladin que Galfar prête. Nous devrions être rendus déjà aux Aygues-Sèches, où nous attend une surprise. On pêchera jusqu'à ce que la chaleur arrive et l'on fera la bouillabaisse sous les pins.»
J'accepte de grand cœur. Norette s'obstine à me fuir quand je veux lui parler; chemin faisant, je trouverai bien l'occasion de m'expliquer avec Norette.
Pendant toute la longue descente, Norette, qui marchait à côté de ma monture, n'a pas même daigné m'adresser la parole. Elle s'entretenait avec son père, indifférente, d'un procès qui les appelle à Arles et, sans doute, nécessitera un long séjour. Peut-être même, par suite d'intérêts nouveaux, leur faudra-t-il quitter, à tout jamais, le Puget-Maure. Et moi, alors, que deviendrai-je?
Mais Norette ne me voit pas.
Norette s'inquiète peu de mes peines.
Elle est bonne, pourtant; le sort de Misé Jano l'inquiète.
—«Bah! lui dit M. Honnorat, nous en ferons cadeau à Peu-Parle; ce maniaque aime les bêtes, Misé Jano ne peut qu'être heureuse avec lui.»
Et Mlle Norette approuve tout en caressant de la main, sa main brune et souple que j'ai pressée, le poil bourru de Saladin.
Comme cela ressemble peu à l'aurore de notre amour, à nos courses dans la montagne, quand j'étais jaloux de Ganteaume et que Misé Jano nous suivait!