Sur un fond de roches et d'algue, à travers l'eau d'un vert lumineux, on voyait se promener les oursins, lentement, un peu de côté, à l'aide de leurs piquants mobiles, en sorte qu'on eût dit de gros marrons vivants hérissés dans leur coque.

Il ne nous restait plus qu'à les cueillir, ce qui, au premier abord, paraît simple.

Vous plongez le roseau dans l'eau, vous visez l'animal: maintenant, foncez, ramenez... Eh! mais pas déjà si facile que cela! M. Honnorat, Ganteaume et Norette ont la main à cet exercice et manquent rarement leur coup. Le colonel et moi nous le manquons à chaque fois. C'est le diable que de diriger sous l'eau, à près de deux brasses, un roseau que la réfraction vous fait paraître cassé en deux.

Je m'aveugle, couché sur le ventre, à scruter ces claires profondeurs, scintillantes, pénétrées de soleil, où roulent des émeraudes fondues.

Victoire! fourrageant à tort et à travers, enfin mon roseau remonte avec un oursin au bout. Un oursin bleu, hélas! Au lieu d'être couleur d'acajou, le mien, à chacune de ses pointes, lesquelles ne piquent pas, porte une perle de turquoise du ton le plus délicat.

Très joli à voir l'oursin bleu, mais d'un goût positivement détestable.

Tous me raillent pour ce bel exploit, et Norette plus que les autres. Mais patron Ruf prend pitié de moi; il me relève de mes fonctions de pêcheur et me confie la fiole à huile.

La brise s'est levée, la mer commence à rire, et l'on voit trouble au fond de l'eau. Avec une barbe de plume, suivant l'immémorial usage que les Provençaux tiennent des Grecs, j'asperge de quelques gouttes d'huile les vagues autour de la barque. L'huile s'étale, les vagues s'effacent, et la mer, au milieu des flots remués, redevient, sur un espace de quelques pieds, unie comme une glace légèrement irisée.

Des oursins, et puis des oursins! Les douzaines succèdent aux douzaines. Enfin patron Ruf dépose sa lance, allume une pipe et déclare qu'en voilà de reste et qu'il se fait temps de déjeuner.

Neuf heures, le soleil est déjà haut. On débarque, on s'installe à l'ombre sous une roche grise et lavée que parsèment des aiguilles de pin.