Il y avait, dans mon plaidoyer, un peu de vérité avec beaucoup de mensonge, mais les faits étaient si lointains et mes sentiments tellement transformés depuis, que mensonge et vérité pouvaient, en conscience, se confondre.

Norette songeait:—«S'il croyait pourtant dire vrai?»

Moi:—«Si pourtant elle feignait de me croire?»

Deux amants sont bien près de s'entendre, quand leurs désirs ont de ces muettes complicités.

Mais Norette ne céda point.

Ganteaume, fort troublé de tous ces discours, avait, en quelques coups de rame, doublé la pointe d'un petit cap dont la masse, aride et blanche près du flot, coiffée de myrtes à sa cime, nous mettait à l'abri des regards.

—«Vous ne vous êtes pas trompé, le trésor existe, continuait Norette. Depuis la défaite et l'embarquement, le secret en resta dans notre famille. Longtemps conservé par tradition, c'est au quatorzième siècle seulement qu'un de nos arrière-grands-pères, maître Michel Gazan, astrologue et médecin de la reine Jeanne, fondit et grava, de peur qu'à la fin ce secret ne se perdît, le fameux talisman figurant une clochette à la mode sarrasine... Prenez-le, prenez, le voici! rouge de votre sang comme quand vous l'avez arraché à Galfar.

«Prenez donc! Pourquoi hésiter? n'aurez-vous pas ainsi tout ce que vous désiriez de Norette?»

Je pris la clochette. Norette pâlit; mais un éclair de joie illumina l'œil mélancolique de Ganteaume. Accepter le trésor, c était renoncer à Norette. Et, moi faisant cela, Ganteaume pouvait espérer.

Je m'étais dressé. La clochette d'argent, reluisante, tremblait un peu entre mon index et mon pouce, et le soleil, les reflets de l'eau, allumaient des turquoises et des diamants aux intailles de l'inscription en arabesque qui courait autour de ses bords.