La clochette ne fondit point et se retrouva dans les cendres; mais, le collier ayant brûlé, les trésors avec lui partirent en fumée. Car l'inscription avait été si industrieusement combinée, que moitié s'en trouvait dessous la clochette et moitié dessus le collier, de sorte que, avoir l'une des parts sans posséder l'autre, c'était tout comme n'avoir rien.
C'est ainsi, concluait le naïf document, que dame Guiraude, volontiers, perdit le secret de la Chèvre, le destin des femmes dans notre famille étant, dit un proverbe, de maintenir leurs maris pauvres, par faute de trop les aimer.
En me voyant sortir de la serre, par le vitrage de laquelle il lui était facile de m'épier, Norette, pourtant attristée, n'a pu s'empêcher de sourire.
Pourquoi? Aurais-je été sa dupe? Se serait-elle, par besoin de malice féminine, et pour jeter sur notre ingénu roman d'amour un vague reflet d'héroïsme, simplement amusée de moi à propos de la Chèvre d'Or?
Bien des détails qui, maintenant, me reviennent en mémoire, son sourire, la découverte du fragment de parchemin, précisément dans un endroit où Norette savait bien que je le trouverais un jour ou l'autre, pourraient le faire supposer.
Mais non!
Norette n'a jamais songé à déchiffrer ces pages jaunies; Norette croyait, comme j'y croyais, au trésor gardé par la Chèvre; et c'est de bonne foi tous les deux, d'un même élan de cœur, avec le même enthousiasme, que, le jour de la pêche à l'oursin, dans la calanque d'Aygues-Sèches, Norette, pour être sûre que je l'aimais, moi, pour prouver que j'aimais Norette, nous renouvelâmes, en le complétant, le sacrifice de dame Guiraude.
Au surplus, tout est bien mieux ainsi: les légendes, comme les amours, gagnent à garder leur mystère!
FIN