Ce matin, par les sentiers blancs qui rayent le flanc des montagnes et descendent au vallon pour remonter ensuite vers le Puget, hommes, femmes, enfants, viennent des villages voisins en caravane.
Le Puget s'apprête pour les recevoir dignement. Les agneaux crient, les brebis bêlent. Dans toutes les cours, sur toutes les portes, des bouchers improvisés, bras nus, le couteau aux dents, saignent, écorchent et dépècent.
L'hospitalité se complique de gloriole. C'est à qui hébergera le plus d'amis, de parents lointains. Et, tandis que ménagères et servantes dressent les tables, montent les broches et entassent la braise autour des marmites, les peaux clouées fraîches et sanglantes sur la façade de chaque maison apprennent à l'admiration du passant le nombre des bêtes qui vont y être mangées.
Des coups du fusil, des chants d'église:
—«Courons, dit Ganteaume, la bravade!»
Les pénitents apportent le Saint qu'ils sont allés chercher en pompe dans la montagne. Ils ont orné l'immémoriale statue de grappes de raisin nouveau. Sous son brancard d'où pend une étole, les enfants passent et repassent, sûrs par ce moyen de devenir forts et courageux; et en avant de la procession, les jeunes gens, pour honorer le saint, font parler la poudre.
Après, on le ramènera là-haut, à la chapelle solitaire qu'il habite toute l'année, debout sur l'autel et regardant, de ses yeux de bois, par l'étroite fenêtre grillée à travers laquelle, parfois, quelque rare pèlerin jette un sou, le roc que domine la chapelle, violet de lavande au printemps et gris dès le mois d'août, sous sa couche d'herbes brûlées.
La nuit nous promet d'autres joies.
Après le souper, qui a lieu à huit heures selon l'usage, il m'a fallu, en compagnie de M. Gazan et de Norette, aller voir les danses.
J'espérais un bal, pas du tout! ici les femmes ne dansent pas; la danse est un exercice viril réservé aux hommes.