Oui! ici, en Provence, dans un pays tout de lumière et de belle réalité, aux horizons jamais voilés, aux nuits claires et sans fantômes, je rêve ainsi, éveillé, le plus merveilleux des rêves.

Folie! vas-tu dire. Rassure-toi. Bientôt ta sagesse reconnaîtra qu'il me faudrait être fou pour renoncer à ma folie. Car le trésor en question est un trésor réel, palpable, depuis plus de mille ans enfoui, un vrai trésor en or et qui n'a rien de chimérique. Bien que comparable aux amoncellements de joyaux précieux et de frissonnantes pierreries dont l'imagination populaire s'éblouissait au temps des Mille et Une Nuits, aucun génie, aucun monstre ne le garde et bientôt il m'appartiendra.

Comment?... Laisse-m'en le secret une semaine encore.

Du reste j'avais, à ton intention, jeté sur le papier, d'abord pour occuper mes loisirs, plus tard pour amuser mon impatience, le détail exactement noté de mes sensations et de mes aventures depuis le jour de nos adieux.

Tu recevras le paquet en même temps que cette lettre. Tout un petit roman dont les circonstances ont seules tissé la trame et où ma volonté ne fut pour rien. Il n'y est question de trésor qu'assez tard. Je t'enverrai bientôt la suite et tu pourras ainsi t'associer aux émotions que je traverse. En attendant, montre-toi indulgent à ma chimère.

Pour te prouver que je suis lucide et que la manie des grandeurs ne m'a pas troublé le cerveau, je te jure qu'avant un mois, à Paris, je rirai avec toi et plus fort que toi de mes déconvenues si, au réveil, sous le dernier coup de pioche, je ne trouve, comme dans les contes, à la place du Colchos et de la Golconde espérés qu'un coffre vermoulu, des cailloux et des feuilles sèches.

II
EN VOYAGE

Me voici loin, résumons-nous!

Le bilan est simple: des amours ou soi-disant tels qui ne m'ont pas donné le bonheur; des travaux impatients qui ne m'ont pas donné la gloire; des amitiés, la tienne exceptée, qui m'ont toutes, en s'évaporant, laissé ce froid au cœur mêlé de sourde colère que provoque l'humiliation de se savoir dupe.

Bref! je me retrouve de même qu'au début, avec en moins la foi dans l'avenir et ce don précieux d'être trompé qui, seul, fait la vie supportable. Je ne rappelle que pour mémoire une fortune fort ébréchée sans même que je puisse me donner l'excuse de quelque honorable folie.