Lieu de l'entrevue: la place du Palais des jeux, devant le grand café qui fait face à l'hôtel et, par delà ses toits, regarde la Turbie; car, depuis longtemps, M. Pascal n'était plus admis à pénétrer dans les salons.
—«Il paraît, me dit-il après s'être offert un verre d'absinthe, tribut volontiers consenti par moi en échange de ses bavardages parfois amusants, il paraît que vous repartez pour Paris? Décidément la bille ne vous aime pas, non plus que les cartes, et vous avez raison de renoncer à les attendrir.»
Je m'inclinai, témoignant par là combien cette constatation tardive me paraissait justifiée.
—«Mais j'ai mieux à vous proposer...
—Ne vous gênez pas, proposez, mon cher monsieur Blaise.
—Une affaire immense, stoupendo! (M. Blaise baragouinait italien aux moments de grande émotion) une affaire étonnante, miravigliosa, des millions, des milliards, de quoi acheter Monte-Carlo, Monaco et la France entière, rien qu'avec une mise de fonds misérable: dix mille, quinze mille francs tout au plus.»
Et le voilà me racontant je ne sais quelle nébuleuse histoire de trésor caché, de secrets surpris par un matelot. Il ne s'agissait plus, et pour cela l'argent était nécessaire, que de mettre la main sur de vieux papiers, des manuscrits, surtout un mystérieux objet dont le détenteur ne voulait pas se dessaisir. Le matelot s'en chargeait; ma il fallait de l'argent d'abord, oun pétit arzent.
En tout autre endroit, la proposition m'eût fait sourire. Elle n'avait rien d'extraordinaire à Monaco, où j'ai vu se brasser, entre gens d'ailleurs convaincus, des affaires bien autrement chimériques.
Et puis, pourquoi marchander l'espérance à cet excellent M. Pascal? Je ne lui dis ni oui ni non, demandant à réfléchir, promettant une réponse aussitôt mon retour, poussant même la condescendance jusqu'à me laisser présenter le matelot en question, qui nous attendait, abominablement ivre, dans un cabaret de la Condamine.
Je ne m'étonne plus, maintenant, d'avoir trouvé au beau Galfar un air d'ancienne connaissance.