Et, me raillant un peu moi-même, amusé de mes rêveries, je m'étais étendu sous un buisson, avec le désir d'oublier le trésor, tandis que la fontaine, traversée de rayons obliques, semblait, vision obsédante, rouler dans son cristal, dans son écume, des diamants et des fragments d'or.

XXII
LE ROCHER DE LA CHÈVRE

Depuis, j'ai réfléchi; car ceci à la fin devient attachant comme la poursuite d'un problème.

Si le trésor lui-même ou l'entrée du souterrain qui, à en croire certains récits, le renferme, se trouve autour de la fontaine, on pourrait aboutir en sondant avec soin le rond de terrain circonscrit que parcourt, plus ou moins étendue selon les saisons, l'ombre portée de sa pyramide.

Mais je suis assuré maintenant que le trésor ne se cache point là.

La fontaine date à peine de quatre cents ans, et n'est point contemporaine du trésor.

D'ailleurs,—un enfant y eût songé tout de suite,—d'après le livre de raison, le nom de fontaine de la Chèvre d'Or s'appliquant au petit monument dressé pour les ermites, ne saurait signifier grand'chose; car évidemment on ne l'a appelée ainsi que par extension, en souvenir du rocher dit: «de la Chèvre» d'où descend la vraie source, la source mère.

En tout cas, trouver le rocher est facile.

Les tuyaux, depuis quatre siècles, s'étant crevés en maints endroits, je n'ai qu'à suivre une demi-heure durant, le long de la pente aride, cette ligne verte tracée sur le sol par les consoudes et les prêles, plantes dont la présence révèle le voisinage de l'eau; et me voilà sur un plateau semé de débris, restes probables de quelque château-fort, en présence d'un bloc calcaire, figuré bizarrement, au pied duquel, cristalline, la source s'épanche.

Ce plateau, irrégulièrement quadrangulaire, accessible du côté par où s'en va la source, a pour fossés, des trois autres côtés, une falaise à pic que couronnent encore des restes de murailles.