Quelque chose de louche se tramait. On parlait de M. Honnorat, du Puget-Maure; mon nom même et celui de Norette avaient été plusieurs fois prononcés.

—«En ma qualité de pêcheur, continuait patron Ruf, toujours au soleil, sur l'eau luisante, je n'ai guère l'habitude de voir dans le noir. Pourtant, à force de m'arrondir les yeux en faisant comme font les chats, je finis par distinguer, au milieu d'une demi-douzaine de sacripants qui écoutaient silencieux, un vieux monsieur à lévite, l'air d'un escamoteur ou d'un notaire, et un jeune homme qui me tournait le dos et que je ne reconnus pas d'abord.

—«Il faut en finir, disait le jeune homme, après tout, le particulier en question veut nous voler, et les voleurs, ça se supprime.»

«A quoi le vieux monsieur répondait:

—«Sans doute! quand nous aurons touché la mise de fonds et si la chose devient nécessaire. J'estime, en attendant, qu'à tout hasard, nous ferions mieux d'avoir, avec nous, celui dont il s'agit.

—«Puisqu'il ne veut pas?

—«Il voudra peut-être.

—«Eh bien! non. C'est moi maintenant qui ne voudrais plus s'il voulait.»

«Le jeune homme s'était dressé, furieux, faisant danser verres et bouteilles d'un grand coup de poing sur la table. Je le reconnus! c'était Galfar: souliers vernis, jaquette neuve, comme quelqu'un qui vient d'hériter.

—«Patron Ruf?—Galfar?—Quel bon vent vous amène dans ces parages?—Le vent du Cap... J'arrive d'Antibes à l'instant, avec la barque, pour vendre notre récolte de corail.—Allons, tant mieux! et vous retournez?—Au Puget-Maure.»