—«Mes fleurs, mes pauvres fleurs! soupirait-elle. J'étais, chaque matin, si contente de les trouver, là, sur ce banc, frileuses, baignées de rosée... Je les réchauffais sur mon cœur, sachant qu'elles venaient de vous... Je me disais: il n'ose pas me les donner lui-même; mais il est brave, c'est un homme; le courage, un jour ou l'autre, lui viendra... Le courage vous était venu, puisque hier vous m'avez offert un bouquet de ces mêmes fleurs, devant mon père... Et, maintenant, vous nous quittez!... Que vous importe notre amitié! Que vous font les pleurs de Norette?»
Son désespoir s'en allait en larmes. Et, ne comprenant pas, mais délicieusement ému, je ne pus m'empêcher de sourire, quand j'entendis Norette, dans mes bras, entre deux sanglots, s'écrier d'une voix redevenue enfantine:
—«Ah! je suis malheureuse et bien punie de tant aimer quelqu'un que je ne connais presque pas!»
Qu'ai-je répondu? Je l'ignore. Mais, quand nous sommes sortis du jardin, Mlle Norette ne pleurait plus, et, malgré mes dénégations étonnées, on m'avait prouvé que c'était moi qui, chaque soir depuis vingt jours, laissais, du haut de ma terrasse, tomber un bouquet sur le banc aimé de Norette.
Le diable, évidemment, se mêle de mes amours et cette histoire de bouquets cache quelque sorcellerie.
Ne cherchons pas. Le mieux est encore de laisser aller les choses. Est-il tant besoin de comprendre pour être heureux?
XXIX
LES AMOURS DE GANTEAUME
Et pourtant ces bouquets ne sont pas tombés du ciel, ils n'ont pas poussé tout seuls sur le banc!
Or personne, sauf les Gazan, ne pénètre dans le jardin; et personne aussi, sauf Ganteaume et moi, n'a la clef de la terrasse.
Je suis bien sûr, à moins de me croire somnambule, de n'avoir jamais jeté aucun bouquet du haut de la tour. Reste Ganteaume. Est-ce que Ganteaume?...