Moi, je ne pense qu'à Norette. Je suis prêt à rester ainsi, loin de tous, sans rien regretter, aussi longtemps qu'il plaira aux follets de l'air qui mènent vacarme autour de notre tourelle enchantée.
D'autres fois, quand le vent redouble, assis à côté de Norette, il nous semble que tout va partir, que les murs tanguent et s'ébranlent, et nous faisons le rêve de nous trouver seuls, tranquilles et perdus sur l'infini des flots, dans un naufrage sans danger.
Presque tous les jours, vers une heure, il se produit une accalmie.
Nous nous réfugions alors sur ma terrasse. Je sais là un angle où la tempête ne donne pas. Le soleil est doux. Tout cependant frissonne encore, et des tourbillons de poussière blanche courent se poursuivant sur les routes.
Mais bientôt le mistral reprend avec rage. Comment traverser la terrasse? Et Norette, qui feint d'avoir peur, se suspend, espiègle, à mon bras...
Un matin, le mistral ne souffla plus.
La mer était bleue au lointain, les arbres avaient apaisé leur feuillage.
On entendait, montant de la rue, des voix joyeuses de femmes et d'enfants; et là-haut, au voisinage des toits, dans le ciel balayé, les martinets, en ronde éperdue, passant dans le soleil avec des reflets d'acier, poussaient leurs cris stridents pareils au bruit de la faucille qui scie le blé mûr.
—«Vous voilà délivré?
—Hélas! oui, mademoiselle Norette; mais j'eusse autant aimé que ma prison durât éternellement.»