Je résiste, quoique tenté. Je ne me juge pas de reste, en présence de Galfar et de ses Piémontais, pour garder la maison de compte à demi avec Saladine.

Un travail pressé, que j'invente, me sert d'excuse. Pourquoi, d'ailleurs, l'occasion est bonne, n'emploierais-je pas ces trois jours à mettre un peu d'ordre dans les notes, assez confusément ramassées, au hasard des lectures et des promenades, pour l'ouvrage que je rêvais en m'installant, il y a trois mois, au Puget-Maure?

Mais les allées et venues de Galfar, ses airs de conspiration et de mystère ne me laisseront pas, j'en ai grand'crainte, ce loisir.

Galfar prépare un coup. Je le sais par Ganteaume qui, lui-même, le tient de Peu-Parle.

Quel coup? Un vol, sans doute! et la chose lui sera facile, puisque, grâce à son ingénieuse idée du repavage, le voilà dans la place avec trois sacripants.

Heureusement, je veille; Ganteaume fait tout ce qu'il faut pour veiller; nous pouvons en outre compter sur le courage plus que masculin et les longs bras de Saladine.

Pendant deux jours, ce qui est assez naturel, et pendant deux nuits, ce qui m'humilie un peu, rien n'arrive. Mais à la troisième nuit, sur les onze heures, le village étant endormi, j'entends tout à coup, dans l'écurie, au fond du couloir, l'âne braire.

Puis une porte grince, des pas sourds montent l'escalier; et, de ma fenêtre ouverte sur le jardin, j'aperçois Galfar qui, faisant un geste de la main, comme pour arrêter des gens qui le suivent, applique son oreille aux volets du rez-de-chaussée où dort Saladine.

—«Allez, murmure-t-il, et pas de bruit! je reste ici en sentinelle, pour le cas où elle se réveillerait.»

Évidemment, les Piémontais ont mission de dévaliser la chambre de Norette; c'est eux qui forceront la porte. Galfar se contente d'ordonner, étant de trop bonne famille pour s'abaisser à ces métiers.