La porte du passage d'âne, qui donne sur la placette, est ouverte; et, suivant les patriarcales coutumes du pays, sa clef, une clef énorme, capable d'assommer un bœuf, reste à demeure dans la serrure.
Je sortirai, je fermerai la porte en dehors, et j'irai, par le bas du village, monter la garde sous le jardin, devant la seule issue que Galfar et ses estafiers puissent prendre, c'est-à-dire au bas de la fente par où je grimpais à mes rendez-vous.
Galfar certainement connaît cette issue.
Leur coup fait, et trouvant la porte fermée, ils essaieront de se sauver par là.
XLII
«GUEITO!»
Ma clef à la main, pourquoi l'avoir gardée? je traverse précipitamment la placette toute noire, sans un fanal; j'enfile des voûtes, des ruelles, une manière d'escalier taillé en zigzag dans la pierre vive; je franchis la poterne à mâchicoulis où se balancent, au gré d'un perpétuel courant d'air, d'énormes touffes de capillaires; et me voici embusqué, bien dans l'ombre, précisément devant la pierre que mon imprudente escalade a fait s'ébouler l'autre jour.
En levant la tête, j'aperçois, au-dessus de moi, le village, le château Gazan, sa tour carrée, de vieux murs revêtus de lierre, et, pour piédestal, portant tout cela, une pyramide en gradins d'étroits jardins superposés.
Mais un seul jardin m'intéresse, celui là-haut, où, se détachant sur le ciel clair, passent et repassent des ombres inquiètes.
J'ai bien fait, d'ailleurs, de me hâter.
A peine arrivé, trois des ombres enjambent le mur, et prudemment se laissent couler le long du roc; une quatrième suit portant, celle-là, quelque chose comme un fusil en bandoulière.