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Cette impression, instinctive d’abord, se changea plus tard en certitude, et je finis par me convaincre logiquement que la chapelle de San-Pansi était bien le refuge agreste à l’abri duquel le pauvre dieu spolié avait pu, parmi les rocs et les bois, traverser, sans être inquiété, les durs siècles du moyen âge.
Un jour même, déjeunant avec des curés, chez l’ermite (j’étais alors frais émoulu de l’université et tout fier de ma jeune science), j’engageai à ce propos avec le vieux desservant de Bevons une intéressante discussion pagano-archéologique:
—Ainsi donc, monsieur le curé, vous ne savez rien de votre saint, si ce n’est qu’il s’appelle Pansi et qu’il guérit de la colique?
—D’abord, mon saint est un saint local, répondit le brave homme en se versant à boire; on ne le trouve, il est vrai, sur aucun calendrier, mais, à défaut de titres écrits, il a pour lui la vénération de cinq vallées, une tradition séculaire et constante, et ce n’est pas le premier exemple d’un grand bienfaiteur, d’un saint de campagne, canonisé aux siècles de foi par la reconnaissance publique et justement vénéré encore, lorsque, à travers les révolutions et les âges, tout monument de son existence s’est perdu.
—Sans doute, monsieur le curé; et pourtant ce ne serait pas non plus la première fois qu’un dieu de l’antiquité païenne, un de ces démons que le Christ vainqueur chassa des temples, serait parvenu sous un sacrilége déguisement à usurper un reste d’encens et de culte.
Ici le vieux prêtre ouvrit les yeux curieusement.
—Vous savez sans doute mieux que moi, monsieur le curé, que la vieille religion, reléguée loin des villes, conserva longtemps, dans les campagnes, au sein des vallons, sous l’ombre des bois, ses autels cachés et ses mystères.
—Passez!... passez!... murmura le curé; mais où prétendez-vous en venir?
—A constater ceci tout simplement: que votre San-Pansi n’est autre que Pan, que vos paroissiens sont des idolâtres, et que vous vous trouvez—sans le savoir, j’aime à le croire—grand prêtre du dernier des faux dieux.