—Exprès pour cela! Vous auriez pu attendre jusqu’à demain, Jean-des-Figues?
—Attendre jusqu’à demain! mais vous ne savez pas... m’écriai-je; et me précipitant à ses pieds sur un genou, en héros de drame, je lui fis un récit pathétique de ma rencontre avec Roset, et du baiser que j’avais pris, et de l’étrange fièvre qui me tenait encore.
Mademoiselle Reine écouta tout cela sans avoir l’air de bien comprendre. Elle finit pourtant par me dire:
—Cette Roset n’est qu’une effrontée, je l’ai vue vous parler à l’oreille et j’ai grand’peur que vous l’aimiez.
—Aimer Roset! Dieu m’est témoin...
—Pourtant, ce baiser?...
—Hélas! Reine, n’est-ce pas vos joues que je cherchais sur ses joues? Les amoureux, vous le savez, s’en prennent quelquefois aux arbres et aux fleurs. Moi, j’ai baisé Roset par amour pour vous comme j’aurais fait d’une rose!
—Alors, Jean-des-Figues, embrassez-moi, dit Reine, convaincue par mes détestables sophismes.
J’allais cueillir enfin le baiser désiré, la magique fleur qui devait guérir ma folie, quand, tout à coup, un volet s’ouvre avec fracas au-dessus de nous; Reine s’enfuit, et moi, planté seul sur le balcon, devant la porte refermée, j’aperçois en levant la tête mademoiselle Roset qui riait dans le clair de lune.
Pauvre Roset! elle n’aurait certes pas ri d’aussi bon cœur, si elle avait pu deviner quel tort elle se faisait en m’empêchant d’embrasser sa rivale.