—Mon Dieu, oui! Pourquoi pas? lui répondis-je la rage au cœur, mais sans rien en laisser voir.

—Adieu alors, Jean-des-Figues!

—Adieu, Roset.

C’est ainsi que nous nous quittâmes; et le soir même, un grand désir de calme, de repos aux champs m’étant venu, le soir même je m’embarquais pour Canteperdrix, triste, il est vrai, mais heureux aussi de voir une fin à mes ridicules amours et à mon ridicule martyre.

Pourtant, au moment de partir, je crus me rappeler que le matin, en nous quittant, lorsqu’elle me disait: Adieu, Jean-des-Figues! de sa voix malicieuse, Roset avait une larme, une toute petite larme tremblante au coin de l’œil.

—Est-ce que par hasard elle m’aimerait? Et j’eus presque envie de ne plus partir. Mais je m’aperçus que moi-même je pleurais. Alors tout mon scepticisme me reprenant:

—Fou, fou, que tu es! m’écriai-je, de croire que Roset a pu t’aimer. Roset, tu le sais bien, n’aime que les caroubes et la cigarette, et si ses beaux yeux allumés t’ont semblé humides tout à l’heure, c’est que tu pleurais, toi, et que tu les voyais à travers tes larmes.

Sur ce merveilleux raisonnement, la locomotive siffla.

XXVII
RETOUR AU PAYS

A quatorze lieues de Canteperdrix, je quittai le wagon, selon l’usage, pour le coupé capitonné de drap gros bleu d’une voiture de messageries. Je me sentis tout d’un coup plus joyeux. Jusque-là Paris me poursuivait. En chemin de fer, vous n’êtes qu’à moitié parti: le tracas des trains, les gares, les buffets, les gens, c’est un peu de Paris qu’on emporte; mais la diligence connue, avec son conducteur qui vous a vu tout petit et qui a l’accent de votre ville natale, c’est un peu du pays qui vient au-devant de vous.