—Qui cela, tante Nanon?
—Tu ne sais donc pas, la Parisienne!... qui est débarquée par la dernière diligence... tout Canteperdrix ne parle que d’elle. Et levant au ciel ses petits yeux gris pétillants de pieuse malice, la tante Nanon s’écria:
—Jésus! Marie!! Joseph!!! elle fume des cigarettes...
Il faut dire, pour expliquer ceci, que la pauvre demeure paternelle ayant été jugée indigne d’un aussi grand homme que moi, on m’avait bon gré mal gré installé chez la tante Nanon, que sa haute dévotion, six cents francs de solides rentes, deux terres au soleil, la maison qu’elle habitait rue des Jardinets, près de l’église, et par-dessus tout ses coiffes de béguine à longs tuyaux, avaient presque élevée jusqu’à la bourgeoisie, car on l’appelait mademoiselle, bien qu’elle fût veuve, misè Nanoun, s’il vous plaît, gros comme le bras, ce qui chez nous est un grand honneur.
La maison de misè Nanoun touchait à l’auberge du Bras-d’Or, et un simple rideau de vignes séparait, sur le derrière, les deux terrasses contiguës.
Vous le devinez, la Parisienne arrivée de la nuit qui, à dix heures du matin, remplissait déjà Canteperdrix de la fumée de ses cigarettes, c’était Roset, Roset en personne.
—Quel spectacle, mon pauvre Jean!
—Ah! tante Nanon, ne m’en parlez pas!
Laissant tante Nanon en observation derrière sa vigne, Jean-des-Figues se précipita vers la rue.
Mon premier mouvement fut de courir au Bras-d’Or, à Roset; vous savez, la force de l’habitude! et tante Nanon derrière sa vigne allait être témoin de belles choses, si je ne me fusse subitement arrêté en apercevant Nivoulas qui descendait de voiture sous la remise de l’auberge, mélancolique, furieux, une valise à la main.