C’était à s’arracher les cheveux.
—Et mon habit noir? m’écriai-je, subitement illuminé, mon habit noir auquel je ne songeais pas! Cet habit soit loué, je pourrai voir Reine aujourd’hui, mademoiselle Roset ne sera pas victorieuse.
Mais l’habit noir appelle la cravate blanche et le reste. Dans mon ardeur de fuir Roset, sans réfléchir au caractère extraordinairement solennel qu’un pareil costume pourrait prêter à une visite d’ami, à une simple visite de campagne, me voilà trottant en gilet à cœur, en claque et en escarpins de bal, sur la grande route encore humide dont les innombrables petits cailloux reluisaient gaiement au soleil.
—Tiens! tiens! disaient les gens intrigués, M. Jean-des-Figues, avec son habit noir, qui s’en va droit à Maygremine! Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire?... Hélas! tout entier à son idée fixe, Jean-des-Figues n’entendait rien.
Je rencontrai Reine dans l’avenue. En me voyant, elle rougit beaucoup, mais ne m’évita point, comme elle faisait d’ordinaire quand elle était seule. Elle me donna même sa main à baiser:—«C’est presque permis maintenant», semblait-elle dire.
Je ne m’expliquais pas ce subit changement.
Un instant après, ce fut bien mieux: mon habit noir et moi, tombions en plein quatuor. Alors, subitement, sans respect pour Mendelsohn, chose inouïe! tous les archets de s’arrêter! Comme par l’effet d’une secousse électrique, un même sourire, à la fois malicieux et discret, parcourut en même temps tous les visages; pupitres, cahiers de musique, archets, carrés de colophane et violons rentrèrent silencieusement dans les boîtes et dans les armoires; les exécutants eux-mêmes s’évanouirent, et, avant que la surprise m’eût permis de placer un mot, j’avais vu mademoiselle Reine disparaître, comme effarouchée, madame Cabridens la suivre, en me faisant un signe d’intelligence auquel je ne compris rien, et je me trouvais seul au milieu du salon déserté, face à face avec M. Cabridens qui me tenait prisonnier dans un fauteuil et commençait un discours de sa voix de comice agricole.
J’avais peur...
Grave, presque ému, le gros M. Cabridens me parlait de biens paraphernaux et d’amour partagé, de mes succès, de l’héritage de misè Nanoun, des innombrables vertus de Reine.
Moi, j’avais toujours peur. Je devinais que ce maudit habit noir n’était pas pour rien dans le mystère. Sans bien voir encore de quoi il s’agissait, je commençais à vaguement regretter qu’une quatrième averse survenant ne m’eût pas une bonne fois arrêté en route.