— Et alors ?…

Ici mademoiselle Simonette hésita. Ses yeux crispés, ses sourcils froncés témoignaient du violent travail intérieur qui se faisait dans son cerveau. Enfin, au bout de quelques secondes d’efforts, elle rit au chat, rassérénée, et reprit comme il suit le fil de son histoire :

— Marie avec Joseph avaient laissé Mère Grand au village, parce qu’elle était un peu vieille et qu’elle ne savait plus marcher. Petit Jésus s’arrêta donc près d’un ruisseau et remplit ses poches de cailloux blancs qu’il sema tout le long de la route. Il pensait : « De cette manière je reconnaîtrai mon chemin, et pourrai retourner embrasser Mère Grand. »

Un jour, pendant que ses parents dormaient et que l’âne broutait attaché à un arbre, Petit Jésus prit sur le bât le pot de beurre et la galette, mit son chapeau rouge et partit.

Après avoir marché, marché, quand il fut arrivé dans le bois, Petit Jésus rencontra compère le loup, un loup tout noir qui avait des bottes ; et, grâce à ces bottes, en courant, le loup faisait sept lieues à chaque pas. « Où t’en vas-tu, Petit Jésus, avec ce joli chapeau rouge ? — Je vais porter à Mère Grand ce pot de beurre et cette galette, et j’ai pris par le bois parce qu’il y a sur la route les méchants hommes que l’ogre envoie pour me tuer. »

Le loup voulait d’abord manger Petit Jésus, mais il n’osa pas à cause d’un coupeur d’arbres qui passait par là, armé de sa hache.

Le loup demanda encore : « Et Mère Grand, demeure-t-elle bien loin ? — Oh ! oui, c’est par delà le moulin que vous voyez tout là-bas, là-bas, à la première maison du village. »

Là-dessus, le loup se remit à trotter, allongeant ses bottes de sept lieues, et Petit Jésus resta seul, bien content que le loup fût parti.

Petit Jésus, qui avait faim, cueillit les fraises du gazon et des prunelles sur les haies. Il ne voulut toucher ni à la galette ni au pot de beurre qu’il réservait à Mère Grand.

On s’amusait beaucoup dans ce bois. C’était beau comme au fond d’un parc. De partout les oiseaux chantaient. Il y avait des fleurs, des papillons et de gros lézards brodés de perles qui remuaient les feuilles sèches.