Devant un bastidon, aux abords de la ville, quelqu’un m’appelait par mon nom.

— Cachons-nous, dit Firmin, c’est peut-être ton père !

Ce n’était pas mon père, mais un de ses voisins, l’estimable monsieur Paloque, géomètre et marchand de biens. Je le reconnus à sa voix, à sa redingote, au piquet fiché près de lui en terre et à un instrument de forme bizarre qu’il brandissait.

Il m’appelait et appelait aussi Firmin :

— Approchez, on a besoin de vous.

Que diantre pouvait-il bien nous vouloir ?

Nous approchâmes timidement, moi plus timidement que Firmin, car je venais d’apercevoir, cueillant des fleurs, à quelques pas de l’estimable M. Paloque, la belle Mlle Olympe, sa fille, personne imposante que j’aimais peut-être comme on aime à douze ans, sans m’en rendre compte, et dont le regard noir et railleur entre des cils toujours mi-clos, je ne sais pourquoi, me faisait rougir.

Sa présence ne m’étonna point. L’estimable M. Paloque amenait souvent ainsi avec lui la belle Mlle Olympe, dans ses opérations d’arpentage.

Deux paysans étaient venus, apportant chacun une brique ; et devant eux, à côté d’un trou près duquel gisait une grosse pierre, l’estimable M. Paloque nous expliquait ce que l’on attendait de nous.

Il s’agissait de poser une borne entre deux parts d’héritage, et nous allions, Firmin et moi, servir de témoins. Une joie subite gonfla mon cœur, mêlée d’amour. D’abord l’école buissonnière s’effaçait. Mon père ne pourrait rien dire. On a bien le droit de manquer le collège une fois par hasard pour rendre service à la société et servir de témoin à l’estimable M. Paloque. Puis j’étais fier de faire œuvre d’homme, et heureux que la belle Mlle Olympe me vît.