—Oh! si tu savais, répétait-elle.

—Je me figurais que Jules satisfaisait à tous tes caprices, qu'il approuvait tes moindres actes, tes moindres désirs?... Dis-moi, n'est-il plus à tes pieds comme autrefois, ou, du moins, comme je le croyais?... Louise, réponds-moi, réponds-moi donc!

Et elle se taisait. Ses yeux, obstinément fixés sur le plancher, s'emplissaient de larmes.

—Je ne l'aime pas! soupira-t-elle enfin, je ne l'aime pas...

J'étais étonnée de cette insistance:

—Mais, je ne te demande pas de l'aimer, dis-je, l'amour ne vient pas à commandement; cependant tu dois avoir pour Jules au moins de l'estime?... Une certaine reconnaissance?...

—Reconnaissance! de quoi? fit-elle en me regardant, comme mue par un ressort.

—Mais enfin (je voulais en dire trop espérant qu'elle m'arrêterait), le devoir, Louise, doit remplacer un peu l'affection?... et ta mère, penses-tu au cœur de ta mère? Ne sens-tu pas que tu vas le déchirer?

J'avais dit ces derniers mots avec une lenteur marquée; nous étions assises tout près l'une de l'autre; elle avait mis sa main dans la mienne, mais cette main était glacée, et, instinctivement, mes doigts s'étaient entr'ouverts et je l'avais presque repoussée. Quels pénibles instants! Combien durèrent-ils? je l'ignore: mon cœur battait à faire éclater ma poitrine; mes yeux se voilaient, et il me semblait que mes oreilles refuseraient d'entendre un secret fatal, si c'en était un que devait me dire Louise, lorsque, se soulevant à demi, elle plongea son regard dans le mien et d'une voix étranglée murmura:

—Et toi, alors, si tu me sais coupable, tu me repousseras aussi?