Il est arrivé quelque chose depuis l'autre jour et tes yeux ne sont plus les mêmes.
LOUIS—Il n'est rien arrivé.
SICHEL, bas et passant la langue sur ses lèvres.—N'est-ce pas? tu as tué ton père?
LOUIS—Je n'ai pas tué mon père.
SICHEL—Je ne te demande rien. Je n'ai besoin de rien savoir. Mais ces yeux ne sont point ceux d'un homme qui a l'esprit en paix.
LOUIS—Il n'y a pas besoin ni d'esprit ni de paix.
SICHEL—Ah, si tu ne souffres pas la paix, tu n'en trouveras pas mieux que moi pour t'en guérir!
Non, il n'y a pas besoin de paix! Ce serait trop commode pour ces cadavres qui nous entourent et qui ne nous empêcheront pas éternellement de vivre!
Si tu n'as pas pu supporter ton père, nous ne supporterons pas davantage tous ces simulacres.
Si tu connais ton Afrique, je connais la société, comme la carte qu'on étudie d'un pays qui sera à nous, avec ses chemins et ses rivières, toutes les cotes chiffrées!