SICHEL.—N'as-tu pas entendu ce que disait le Prince tout à l'heure?
PENSÉE.—C'est vrai que tu as fait de moi un si bel Automne.
Qu'on l'appelle à bon droit cette saison où le soleil est plus près de nous et qu'il se laisse vendanger à pleins rayons,
Comme une vigne animée de tant de grappes qu'elle fait rompre tout et qu'elle ne réussit plus à tenir à ce mur où on l'avait crucifiée?
Un Automne si ardent, le moment qui consomme tout, que toutes les autres saisons y cuisent?
Ma grande vigne pleine de grappes qui croule dès que son maître y touche et dont il est comme submergé, ce grand pampre-ci que les bras ne suffisent pas à maintenir, ah, ce n'est pas avec les yeux seulement qu'il en connaîtra le fruit, voici l'ivresse pour les lui fermer!
Et pour en épuiser la sève, ce n'est pas affaire seulement que de la saisir.
SICHEL.—C'est ainsi que parle la Fiancée de Salomon dans nos livres.
PENSÉE.—Mon sang est le tien, mère.
SICHEL.—Oui, tu es une Juive comme moi. Et cependant il y a en toi quelque chose qui ne vient pas de nous autres et qui m'étonne.