ORIAN.—Quand j'aurai libéré mon âme, alors je pourrai vous la donner.
PENSÉE—N'y a-t-il pas d'autre moyen de la libérer, sinon qu'elle soit ainsi cruellement séparée de ce corps et du mien?
ORIAN.—Heureux de qui le devoir est court; heureux à qui le devoir est clairement montré. Défendre sa mère, défendre sa patrie, quoi de plus court, quoi de plus simple? Les circonstances se sont chargées de tout régler pour moi. Le même humble, le même facile devoir que pour tous, quel bonheur. Et le prix qui est avec moi, cette Pensée.
J'étais trop impatient pour la vie, brusque, trop capricieux, trop prompt. L'insecte mâle qui n'est réglé que pour une heure.
PENSÉE.—J'étais patiente pour toi.
ORIAN.—Ce que je te demandais, ce que je voulais te donner, cela n'est pas compatible avec le temps, mais avec l'éternité.
PENSÉE.—Moi, si je te disais que je t'aime, est-ce que ce serait facile que de me quitter?
ORIAN.—Je le sais sans que tu le dises.
PENSÉE (elle se met entre ses bras).—Toutefois, c'est une chose douce à entendre alors qu'on sait que c'est vrai.
ORIAN.—Ne me tente pas, ma rose dans la nuit. Ne te place pas entre mes bras. C'est dangereux d'être une rose quand on n'est défendue que par des chèvrefeuilles.