PENSÉE.—Il est persuadé de ne pas revenir.

ORSO.—Et moi, je vous dis que je vous le ramènerai.

PENSÉE.—C'est la mort qui me l'a rendu accessible.

ORSO.—Pourquoi parler de sa mort, vous aussi? C'est vexant. Je n'aime pas que vous parliez ainsi.

PENSÉE.—Et quand ce serait la mort, et quand il n'y aurait eu que ce seul moment,

Ce moment tout de même je l'aime, et c'est assez pour moi, et rien ne peut empêcher qu'il existe.

Ainsi, malgré ce voile indéchirable qui m'entoure, ainsi l'amour a pénétré jusqu'à moi, et rien n'a su m'en défendre! Il m'aime, je crois en Dieu! Il n'y a plus de mort pour moi, il n'y a plus de nuit! Ah, le bonheur est une chose si grande qu'il n'était pas en mon pouvoir de lui échapper!

Il y a beaucoup de femmes plus belles que moi, et cependant c'est moi qu'il a choisie! Il y a beaucoup de femmes qui sont capables de voir, et moi j'ai les yeux fermés à toute autre chose que son amour!

Loué soit Dieu, parce que je lui ai paru désirable! Loué soit Dieu parce qu'entre toutes il a désiré ces choses seules que j'étais en état de lui donner!

J'étais donc dans ma nuit sans le savoir maîtresse de ces grands trésors.