PENSÉE.—Il n'est personne au monde plus fière que je ne le suis.
SICHEL, lui posant la main sur le genou.—Va, mon enfant, je sais ce que tu souffres.
PENSÉE, à voix basse.—C'est vrai, mère, c'est dur pour moi. J'étais faite pour être irréprochable,
Je souffre de tous ces yeux qui me regardent. Une aveugle, comment peut-elle se défendre?
—Et que pensera-t-on de lui?
SICHEL.—Moi, je suis avec toi. Que nous fait le mépris de tous? J'y fus habituée jadis et la honte est pour moi comme une patrie retrouvée. Pauvres femmes! Dieu est avec nous dans notre petitesse.
PENSÉE.—Qu'est-ce qu'on peut me faire après tout?
Maintenant, il y a mon enfant avec moi pour partager mes ténèbres!
SICHEL.—Maintenant, tu sais ce que c'est que d'être mère.
PENSÉE.—Que c'est singulier de penser qu'en ce moment il se fait de moi des yeux qui seront capables de voir et que je porte ces étoiles vivantes dans mon sein!