Sans doute, la langue de l’Académicien-Duc est incorrecte, de même que son écriture est peu lisible et son orthographe mal ordonnée. Mais l’esprit n’y manque pas; et telle lettre, inédite, que nous signalerons ou transcrirons en temps voulu, démontrera que l’enjouement et la grâce du Maréchal, si vantés par les Mémoires du temps, n’étaient pas un vain mot.
C’est, à l’aide de tous les documents, déjà publiés, ou demeurés inédits, dont nous avons cité la provenance, mais soumis l’authenticité à un sévère contrôle, que nous avons écrit notre étude sur le Maréchal de Richelieu. Elle ne saurait être, ni un panégyrique, ni une satire. Elle visera surtout à rester impartiale. Si elle ne peut ignorer la vie privée d’un homme qui dut à la galanterie tant de succès de sa vie publique, elle s’efforcera de déterminer pour celle-ci le rôle joué sur le théâtre de l’Histoire par le grand seigneur que Voltaire nomma si souvent, et même trop souvent, «son héros». Peut-être la postérité, retenant cet hommage, l’eût-elle sanctionné en comptant le Maréchal de Richelieu parmi les personnalités dont l’existence fut un bienfait pour le pays, si l’amour des intrigues et les intrigues de l’amour n’en avaient faussé les plus puissants ressorts.
VII
Au moment où nous terminions notre travail, une de ces bonnes fortunes, dont le hasard ou d’heureuses interventions font profiter l’Histoire, nous permettait de consulter une suite de relations, d’une authenticité indiscutable, sur divers épisodes de la vie diplomatique, politique et militaire du Maréchal de Richelieu.
En effet, feu M. de Boislisle, le savant dont le monde de l’érudition regrettera toujours la perte, avait découvert, dans les Archives du Marquis de Chabrillan—sources précieuses de vérité historique—les pages manuscrites qu’avait déjà signalées, d’après son indication, le livre du duc de Broglie sur Frédéric II et Louis XV.
M. de Boislisle obtint de prendre une copie de ces Mémoires.
Dictée par le Maréchal de Richelieu à l’un de ses secrétaires, cette autobiographie est marquée au coin de cet esprit vif et léger, souple et fin, évoluant avec une merveilleuse prestesse au milieu d’intrigues de Cour qui sont souvent son ouvrage, pour en sortir le plus aisément du monde et avec tous les honneurs de la guerre. Cette apologie de ses actes officiels est le développement, aussi simple qu’agréable, du Mémoire justificatif présenté par le Maréchal au roi Louis XVI, en 1783, alors que sa santé subissait la crise si grave qui faillit l’emporter.
Grâce à l’intermédiaire obligeant de M. Lecestre, des Archives Nationales, M. Jean de Boislisle a bien voulu nous communiquer ces Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu qu’il doit publier très prochainement. Nous le prions de recevoir ici l’expression de tous nos remerciements.
Par un sentiment de discrétion, facile à comprendre, nous ne donnerons que des extraits, peu nombreux et fort courts, de Mémoires encore inédits. Mais, comme nous aurons maintes fois l’occasion de citer, à titre de référence, cette série de documents, nous la désignerons, dans notre texte ou dans nos notes, sous le nom de Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu.