Or, au XVIIIe siècle, conformément à des traditions qu’une diplomatie avisée voudrait faire aujourd’hui revivre en les adaptant aux nécessités présentes, la monarchie bourbonienne s’étudiait à maintenir, par un système d’alliances utile à ses intérêts et à sa sécurité, les conditions d’existence qui réglaient les rapports des principautés allemandes entre elles. Et lorsque, à partir de 1740, l’avidité inquiétante de la Prusse, exploitée par son Souverain, tendit à rompre, à son profit, ce salutaire équilibre, un homme—celui qui fait l’objet de cette étude—servi par une manœuvre militaire des plus heureuses, aurait pu étouffer, dans l’œuf, l’entreprise néfaste, dont nous voyons le développement progressif menacer actuellement l’indépendance des Nations!

Le Maréchal de Richelieu n’eut pas cette intuition. Napoléon l’eut peut-être[2]. Mais s’il réduisit de plus de moitié le royaume de Prusse, il n’en soupçonna pas la réorganisation, armée et combative, qui devait avoir raison, dans un avenir prochain, du tout-puissant Empereur.

[2] «Mon plus grand tort, disait-il à Sainte-Hélène, a peut-être été de n’avoir pas détrôné le roi de Prusse, lorsque je pouvais aisément le faire.» (O’Meara, Napoléon en exil, tome I, p. 114.)—C’était la dislocation de la Prusse, la répartition de ce royaume entre divers États de l’Allemagne et la reconstitution possible de la Pologne, qu’aujourd’hui la Révolution russe, aboutissant à la Monarchie constitutionnelle ou à la République, devra réaliser dans sa pleine indépendance, en échange de Constantinople.

Aujourd’hui, la France ne la voit et ne la connaît que trop, cette formidable machine de guerre dressée pour la conquête du globe! Mais elle la brisera par sa volonté de vaincre, et grâce au concours de cette noble alliée qui, pendant le XVIIIe siècle, fut son adversaire implacable et la vigilante auxiliaire de la Prusse.

Si l’Histoire, méprisant les complaisants euphémismes, qui permettent de dissimuler la réalité des faits, doit déterminer avec impartialité le rôle joué par l’Angleterre au cours de la Guerre de Sept ans, elle dira, par contre, qu’au commencement du XXe siècle, cette même Angleterre s’associa vaillamment et loyalement à la France et à ses alliés, pour délivrer le monde du fléau qui voulait en bannir la Liberté, le Droit et l’Honneur.

Paul d’Estrée,
1912-1914-1917.


AVANT-PROPOS


I