En mars 1735, il eut une aventure qu’il nous paraît intéressant de rappeler, non qu’elle soit une des plus brillantes conquêtes de ce «dompteur de femmes», mais parce qu’elle montre, sous l’aspect peu flatteur d’un professionnel de la défection amoureuse dans ce qu’elle a de plus humiliant pour sa victime, l’homme qui se piquait volontiers d’être le parangon de la politesse délicate et raffinée en matière de galanterie.
Cette anecdote figure dans divers Souvenirs contemporains. Mais nous l’empruntons, très modifiée, à une autre source beaucoup moins suspecte, la correspondance d’un commissaire de police parisien.
Le duc de Durfort se croit l’unique amant, et, bien entendu, adoré d’une femme à la mode, Mme de la Martellière. Mais cette dame s’est donnée toute à Richelieu, sans que «le cœur de celui-ci y mette rien». Elle promet de souper avec lui, après avoir refusé cette faveur à Durfort. Ces deux seigneurs se rencontrent, le lendemain du rendez-vous, dans une maison amie. Durfort a la mine toute défaite.
—«Qu’as-tu? demande Richelieu.
—«Un contre-temps fâcheux n’a pas permis à Mme de la Martellière de me recevoir cette nuit.
—«Allons donc!
—«Pourquoi pas? Vas-tu dire que je fais le petit-maître et qu’elle ne m’aime pas?
—«Que sais-je? Mais la nuit qu’elle t’a refusée, elle me l’a donnée à moi.
—«C’est trop fort!
—«En veux-tu la preuve? Viens, tel jour, à tel endroit; nous y avons pris rendez-vous. On t’ouvrira et tu me trouveras avec elle entre deux draps.»