Devant cette réception vigoureuse, ils n'insistent pas et effectuent une retraite précipitée.
L'alerte passée, le lieutenant Morin veut se rendre compte de ce qui est arrivé.
Mais à peine a-t-il regardé qu'il pousse un juron énergique.
—Les coquins! s'écrie-t-il, ils ont scié les pilotis à fleur d'eau!
Poursuivant son examen, il s'aperçoit également que les troncs d'arbre formant tablier ont été détachés de la tête des pieux.
C'est évidemment le travail des noirs de Uanâo. Ils ont espéré, à la faveur du désordre, arrêter les Français et les massacrer.
Profitant du brouillard nocturne, ils se sont glissés jusqu'à l'estacade; ils ont pu hacher charpentes et liens.
Immédiatement on se remet à l'œuvre, on répare le pont à l'aide des deux sonnettes installées naguère pour le battage des pieux; le chaland est remonté sur l'estacade. En quelques heures, sous l'habile direction de Morin, le pont est rétabli.
Mais le brave officier, qui n'a voulu confier à aucun autre le soin de diriger cette opération, se sent à bout de forces; il doit se coucher dans une des pirogues, terrassé par un accès de l'horrible fièvre.
Pour comble de malheur, quand on cherche la quinine, seul remède efficace en pareil cas, on ne la retrouve point.