Maintenant, si l'on veut savoir pourquoi, contrairement à sa coutume, le chef de la mission Congo-Nil avait imposé à ses subordonnés cet énorme surcroît de travail, il faut en chercher la raison dans le rapport que lui avait fait, à son arrivée à Baguessé, un indigène venu au camp pour vendre des moutons.
Marchand avait remarqué que l'eau-de-vie délie aisément la langue des noirs.
Aussi ne manquait-il jamais de prélever, à l'usage des indigènes et lorsque l'occasion le permettait, une ration d'alcool sur la petite provision du docteur Emily.
LES PORTEURS
Habituellement, le liquide était réservé uniquement au traitement des malades.
Or, l'Africain venu pour traiter de la vente de son troupeau, fut extrêmement sensible à l'offre qui lui fut faite d'un «quart» d'eau-de-vie.
Tout le monde connaît le quart, sorte de petite tasse de métal, dont la patrie généreuse dote chacun de ses soldats.
Ce n'est pas joli, joli, mais ce récipient grossier contient environ un quart de litre, d'où le mot sous lequel on le désigne.
Une pareille quantité de trois-six, ingurgitée d'un seul trait, peut émouvoir même une cervelle épaisse de nègre.