Tu sais, faut pas te figurer un palanquin à huit ressorts.
Pour fabriquer l'ustensile on prend deux perches, on les relie entre elles par une claie de roseaux tressés. On appuie l'extrémité des perches sur les épaules de quatre noirs; le malade se couche sur la claie... et au trot.
Voilà comme se trimballait le capitaine.
Il avait une mine jaune, les joues creuses. Parole, on aurait plutôt cru un malade que l'on portait à l'hôpital, qu'un soldat devant combattre. Seulement, tu sais, faut pas se fier aux apparences.
On marchait dans des fourrés, en ouvrant sa route au sabre d'abatis. On allait sans voir à dix pas devant soi. Ce que c'est rigolo une ballade comme ça, il faut l'avoir faite pour s'en douter.
Tout à coup, pfuit, pfuit... Voilà un tas de flèches qui se mettent à siffler autour de nous.
Le capitaine saute à bas de son hamac, tire son revolver et nous fait ouvrir le feu.
On démolit les moricauds qui nous avaient attaqués, on les met en fuite.
Après ça on songe à revenir vers le gros de la mission.
Mais, va te promener! Les porteurs, qui sont bien les bêtes les plus lâches qu'il soit possible de rencontrer, s'étaient éclipsés pendant la bataille. Sur les cinq hommes, moi compris, qui accompagnaient le capitaine, deux étaient blessés; pas bien fort heureusement, mais assez tout de même pour avoir assez à faire de se porter.