Depuis les passes de Baguessé, le M'Bomou est une grosse rivière, plus large que la Seine, avec beaucoup d'eau. Il y a des forêts, tout le long.

Autant la route était pénible dans le cours inférieur du fleuve, autant elle est aisée maintenant. On se promène, la canne à la main. Non, je veux dire: la rame à la main. Et s'il n'y avait pas des armées et des armées de moustiques et de maringouins, ça serait une vraie partie de plaisir.

C'est égal, quand on voit ces forêts-là, c'est autre chose que le bois de Boulogne. Il faut voir cela pour le croire.

Les pagaieurs chantent pour se donner du biceps. Ça ne doit pas être difficile de faire des chansons pour les nègres. Depuis une heure ils répètent:

Malung' ké paï mou
Ehé n'gaï akar rofa

Je ne sais pas au juste ce que cela veut dire, mais j'ai remarqué que cela correspond à quatre coups d'avirons.

Rien de curieux aujourd'hui.

En passant tout près d'une rive marécageuse, j'ai cueilli une fleur de lotus... Quel joli bouquet on ferait si Louise était là.

Six heures du soir. On s'arrête dans une île boisée. On y passera la nuit.

9 août.—On a navigué toute la journée.