Et quand ils furent tous rassemblés autour de lui, il leur lut la missive qui venait de lui être apportée.
Puis il leur donna également lecture des dépêches, articles de journaux et autres documents dont M. Liotard avait accompagné sa lettre.
Tous demeurèrent atterrés.
Alors il les regarda longuement avant de parler. Enfin il se décida. Et d'une voix calme, dans laquelle l'oreille la plus subtile n'aurait pu reconnaître aucune émotion.
—Messieurs, dit-il, pour nous rendre de l'Oubanghi au Nil, il existait deux routes, l'une par le Kordofan, l'autre par les marais du Bahr-el-Ghazal. La première, sans doute plus aisée, nous est fermée par les bandes mahdistes. Je pense donc qu'il convient de prendre la seconde.
Prendre la seconde, cela signifiait s'engager dans les marécages du Bahr-el-Ghazal, occupant un territoire vaste comme la France, dans cette immense plaine inondée, parsemée de myriades d'îlots où croissent les roseaux géants, les bambous hauts de sept et huit mètres, dans ce dédale de canaux, de lagons, de lagunes, où l'on ne trouverait aucun point de repère, car aucun Européen ne l'avait traversé.
Cela signifiait qu'à la fièvre des bois allait succéder la fièvre des marais; que, très probablement, on allait semer de cadavres ce désert d'eau et de vase; que, si l'on s'égarait une heure seulement en dehors du bras principal de la rivière des Gazelles, c'était la mort pour tous.
Et une erreur est facile avec un cours d'eau qui se divise en deux cents, trois cents, six cents, mille bras; qui se mêle, se confond avec vingt autres rivières, pour s'en séparer plus loin, puis les rejoindre encore.
Toutes les probabilités étaient pour l'enlisement, la disparition de la mission.
Cependant le chef avait dit sans phrases, avec cet héroïsme tranquille du soldat de race.