—Je te dis que j’ai eu des torts... je les avoue, c’est fini... qu’est-ce que tu veux de plus... encore un coup!...

—Te sens-tu mieux?

—Oui, ça commence à revenir. Mais André, où est-il? Appelle-le donc, que je lui saute au cou...

—Hélas! j’aurais beau l’appeler...

—Ah! mon Dieu, tu me fais frémir... serait-il mort aussi?... encore un petit verre... Tiens, donne-moi la bouteille, je me verserai moi-même, j’aime mieux ça. Eh bien! mon pauvre Pierre, ton frère?...

—Il a disparu... il est parti, il y a six semaines déjà, et nous ne savons pas ce qu’il est devenu... il n’a donné aucune nouvelle...

—Ah! mon Dieu... ce cher André... moi, qui venais lui demander à dîner, sans façon; c’est égal, je dînerai avec toi. Mais quel vertigo lui a donc passé par la tête?...

—Oh! ce n’est pas un vertige, c’est une passion... un amour concentré; mais je ne peux pas t’en dire plus, parce que c’était un mystère.

—Oh! c’est juste, je ne te demande rien; d’ailleurs tu me conteras tout en dînant.

—Ce qu’il y a de plus inquiétant, c’est qu’il m’a laissé, par un papier, maître de disposer de tout ce qui lui appartenait, et mam’zelle Manette dit que ça prouve qu’il ne veut plus revenir.