—Manette, écoute-moi: Lucile m’a appris que ma bienfaitrice et sa fille ont perdu toute leur fortune par suite de l’inconduite du marquis; qu’elles habitent un petit logement au quatrième, après avoir habité un hôtel; qu’elles n’ont plus pour ressources que leurs bijoux... leurs parures...

—O mon Dieu!...

—Manette, tout ce que j’ai, je le tiens de M. Dermilly; il fut aussi mon bienfaiteur: mais il était l’ami le plus sincère de madame la comtesse! S’il vivait, ne penses-tu pas qu’il donnerait tout pour rendre quelque aisance à sa chère Caroline?...

—Oh! oui, sans doute.

—Eh bien! ce qu’il ferait, je dois le faire; je ne conserverai point de fortune lorsque ma bienfaitrice n’en a plus; j’ai reçu des talents, de l’éducation, je puis travailler; mais elle, elle ne le peut pas elle ne le doit pas tant que j’existerai. Si j’ai quelque regret de cesser d’être riche, c’est parce que je ne pourrai plus offrir que ma main à celle que je voulais emmener en Savoie... Manette!... voudras-tu m’épouser... lorsque je n’aurai plus rien?...

—Que dit-il?... ô mon Dieu!... c’est donc moi... André! est-il vrai que tu veux m’épouser?... Ah! répète-le-moi encore!... Je suis si heureuse!... André! tu m’aimes donc?...

—Si je t’aime! Manette! ne le sais-tu pas?...

—Oui... sans doute... comme une sœur... mais c’est autrement que l’on doit aimer sa femme...

—Rassure-toi, c’est de l’amour... oui, l’amour le plus tendre que je ressens pour toi; désormais je ne veux plus vivre sans Manette...

—Méchant!... et tu ne le disais pas! Est-ce que tu n’avais pas aussi lu dans mon cœur?... Ah! jamais il n’a battu que pour toi.