Rose remonte chez Jean. Témoin de la joie qui brille dans ses regards, le jeune homme veut la questionner; mais Rose est très-pressée, il faut qu'elle retourne chez son maître qui l'attend, et elle se contente de dire à Jean qu'elle va prévenir son parrain de sa visite dans la journée. «Oui, Rose; j'irai aujourd'hui.—N'y manquez pas, monsieur!»

En disant ces mots la petite bonne s'éloigne, elle retourne chez son maître que la goutte retient maintenant chez lui, et qui ne sait que penser de la longue absence de Rose. Mais en rentrant, celle-ci lui dit: «Je l'ai trouvé... Il va venir... J'ai vu celle qu'il aime... Ah! c'est cela une belle femme!... Une figure!... et des manières! Un ange, enfin!.... Et tenez, regardez comme ça brille...»

Rose met sa bague sous les yeux de Bellequeue qui ne comprend rien à la joie de sa bonne, et lui demande si elle a trouvé ce diamant dans la dinde qu'il lui a dit d'acheter. Pendant que Rose explique à son maître tout ce qu'elle a fait depuis le matin, Jean se décide à sortir pour aller chez son parrain; les paroles de Rose lui ont rendu quelque espérance; cependant il soupire encore, et en sortant de chez lui, il jette tristement les yeux sur la demeure de Caroline.

Jean est arrivé au Marais; il ne revoit pas sans plaisir le quartier témoin des folies de son enfance; dans une grande ville, chaque quartier est une patrie. Après s'être arrêté devant la maison où il est né, Jean se rend enfin chez son parrain.

C'est Rose qui introduit le jeune homme dans un petit salon où Bellequeue est assis. Jean se jette dans ses bras en lui disant: «Pardonnez-moi d'avoir douté un moment de votre amitié... Vous ne m'en voulez plus de n'avoir point épousé une femme que je n'ai jamais aimée.—Non, mon cher Jean,» répond Bellequeue, en pressant tendrement son filleul dans ses bras, «Non... je ne t'en veux plus... Mais j'ai arrangé un autre mariage pour toi...—Ah! mon cher parrain, ne parlons pas de mariage... Il n'est qu'une seule femme que je puisse aimer!...—Il faut pourtant que tu épouses celle que je vais te présenter... et qui est là... dans la chambre voisine.»

Jean regardait autour de lui avec étonnement; mais Rose qui n'y tient plus, a ouvert une porte... et Caroline est devant les yeux de Jean... Elle lui sourit, elle lui tend la main... Et déjà Jean s'est emparé de cette main chérie... Il veut se jeter aux pieds de Caroline... Mais il est bien mieux encore... il est dans ses bras.

Quand on s'aime bien il ne faut pas de longues explications pour s'entendre, en quelques minutes les deux amans en ont dit assez sur le passé; ils ne sont plus qu'au présent qui leur offre amour et bonheur.

Bellequeue regarde Caroline avec admiration, il répète avec Rose: «C'est un ange!» Quant à son filleul, il ne le reconnaît plus, il trouve qu'il a de si belles manières, et s'exprime si bien, qu'il ne sait pas comment parler devant lui.

«Eh bien!» dit Caroline à Jean, «refuserez-vous encore la femme que votre parrain vous propose?»

Pour toute réponse, Jean baise la main chérie, et Caroline reprend: «Mon ami... je puis vous l'avouer enfin, je vous ai aimé dès le premier instant où je vous ai connu... Quelque chose me disait que vous changeriez pour me plaire... N'est-il pas vrai, monsieur, que votre filleul vous plaît mieux ainsi?»