On part, et l'on arrive rue des Gravilliers. Il est sept heures du soir et il fait encore jour; mais madame Durand a oublié le numéro de la maison; heureusement on entend le son d'un instrument, et, en levant la tête, on aperçoit, à la croisée d'un troisième M. Mistigris qui joue, non pas de la pochette, mais du violon, en se tenant presqu'en dehors de la fenêtre et criant les figures dans la rue, comme s'il voulait faire danser les passans.
«C'est là,» dit madame Durand, «le voilà, je le reconnais,—Diable!» dit Bellequeue, «il paraît que le bal est déjà en train, car il dit les figures... Mais où est donc la porte? Ce doit être cette allée... Entrons.»
On entre dans une allée étroite, noire et très-profonde au bout de laquelle on cherche, en tâtonnant, à trouver l'escalier.
«Où allons-nous donc par ce cassecou?» dit Jean. «—Au bal, mon fils.—Il est certain,» dit Bellequeue, «qu'il aurait dû mettre ici un lampion ou une lanterne pour les jours de danse... Mais il y a peut-être un portier... Appelons: holà!... portier!... portière!... Où est l'escalier qui mène au bal?»
On ne reçoit pas de réponse. Bellequeue appelle encore, enfin une voix cassée, qui semble partir du premier, dit: «Qu'est-ce que vous demandez?—Nous demandons le bal de M. Mistigris.—Montez au troisième.—Mais nous ne trouvons pas l'escalier.—Allez à droite, dans l'enfoncement.—Infiniment obligé.»
Et Bellequeue, qui marche en éclaireur, pousse bientôt un cri de joie en disant: «Victoire! je tiens la rampe! Venez me prendre la main, je vous guiderai.»
On suit Bellequeue. Arrivé au premier étage, on commence à distinguer un peu devant soi; au second on voit presque les marches; au troisième il fait jour, et on lit sur une porte: «Mistigris donne des leçons de danses françaises et étrangères; on trouve chez lui des chaussons. Sonnez fort, s'il vous plaît.»
Bellequeue met ses gants, rajuste sa cravate et sonne, tandis que madame Durand arrange sa collerette et frotte le bras de son fils qui a blanchi son habit dans l'escalier. Une bonne d'une cinquantaine d'années ouvre la porte, et introduit la société dans une antichambre d'où on entend dans le lointain le violon de Mistigris.
La bonne prend les chapeaux de ces messieurs et leur donne en échange des cartes sur lesquelles sont des numéros. «Pourquoi faire ça?» dit Jean. «—C'est pour qu'on retrouve plus facilement son chapeau,» dit Bellequeue. «—Oh! il paraît que c'est tout-à-fait dans le grand genre.
»—Désirez-vous des chaussons, messieurs?» dit la bonne. «—Je n'ai pas encore faim,» dit Jean. «—Ce n'est pas cela, mon fils, ce sont des chaussures commodes pour ceux qui dansent ou qui viendraient en bottes; mais vous êtes très-bien, messieurs; d'ailleurs pour la première fois la société aura de l'indulgence.»