Le vieux paysan et sa femme sortent à quatre pattes de dessous la maison de toile. La femme a son bonnet de travers, le mari a la figure bouleversée; Démar, qui est alors entouré de jeunes villageois, aide le mari et la femme à se relever en leur disant:
«N'est-ce pas que c'est curieux, hein?... vous ne regrettez pas votre argent?
»—Ah! oui,» dit la paysanne en se relevant; «il est gentil votre spectacle!... Et votre monstre que vous disiez doux comme un agneau!... il nous a fait une fameuse peur!...—C'est curieux!» dit le mari, «oh! oh! pour ça, jarni, c'est curieux... mais je n'y retournerais pas pour ben de l'argent!...—Pourquoi donc cela?—Pardi, demandez au cornac ce que vot' homme à deux têtes voulait faire de nous? Si nous ne nous étions pas sauvés ben vite, il nous mangeait, rien que ça!»
Démar tâche de contenir son envie de rire, en répondant: «C'est singulier!... c'est qu'il était dans un de ses mauvais momens, mais c'est fort rare.
»—Allons nous-en, not' homme, je ne suis pas tranquille auprès de c'te maison de toile,» dit la paysanne en prenant le bras de son mari; et le vieux couple s'éloigne en se disant: «Jarni! j'pouvons nous vanter d'avoir eu fièrement peur pour nos dix sous!...»
Les villageois, qui se sont arrêtés devant la baraque, ont entendu une partie de ce que viennent de dire ceux qui ont vu Gervais, et cela pique leur curiosité; ils se consultent pour entrer, mais ils ne veulent pas payer cinq sous. Comme ils sont quatre, Démar consent à les laisser entrer tous pour douze sous; les villageois paient, Démar donne le signal pour que Gervais se mette en position, et le public se glisse sous la toile.
Les villageois, en se relevant, commencent par murmurer du peu de clarté qui pénètre sous la toile, «Pourquoi donc que tu n'as pas éclairé ton monstre?» dit l'un d'eux à Jean. «Est-ce que tu veux nous montrer des chats pour des tigres?»
Jean se contente de faire ranger les quatre villageois le plus loin possible de Gervais, en disant: «Voilà l'homme à deux têtes, messieurs; attachez-vous à la tête du bas, c'est la plus étonnante.»
Les paysans examinent quelques instans Gervais d'un air soupçonneux; l'un d'eux dit à Jean: «Pourquoi donc qu'il ne fait aller ni ses yeux ni sa bouche par en haut, ton homme?—Il est venu au monde comme ça, messieurs, je n'en sais pas davantage...
»—Ah ça, dites donc, vous autres, ça m'a l'air d'une frime,» dit un second paysan en approchant de Gervais. Jean cherche à le repousser en lui disant: «N'approchez pas si près, messieurs; il est quelquefois méchant.